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Déjà plus de 20 ans de collecte d'albums de tous genres qui s'accumulent sur mes étagères et que je suis heureux de vous faire partager. Un condensé sélectif de la musique que j'aime et pour laquelle j'investis régulièrement auprès de mes disquaires préférés. Beaucoup de vieux, mais également du plus jeune, voir du nouveau né fraichement sorti. J'espère que vous en apprécierez la diversité. Vos commentaires et vos conseils de mélomanes avisés sont bien évidemment les bienvenus. Enjoy.
Je vous en avais déjà fait part il y a quelques jours. Le nouvel album de Robert Glasper et de son groupe Experiment, "Black Radio", s'annonce comme la
tuerie de ce début d'année. Déjà disponible en format vinyl ou mp3, il est d'ores et déjà possible de le commander sur amazon pour une livraison début mars. Pour les plus impatients, le "teaser"
vous permettra un premier contact aguichant. Pour les autres, encore un peu de patience (je ronge mon frein mais j'en salive d'avance). Plus groove que jamais, les 6,30 minutes de vidéo devraient
vous convaincre d'envisager un achat futur. Du "black", rien que du "black". Des rythmiques dingues, des ambiances R&B sophistiquées, le gnangnan FM en moins (et puis quoi encore!), sans
parler du condensé de collaborations qu'il renferme (Musiq Soulchild, Bilal, Mos Def, Erykah Badu, Lupe
Fiasco...).
Parlons simple et parlons vrai. Si je devais, pour une raison ou une autre, parmi tous mes disques de hip-hop, n'en
choisir qu'un (imaginons que je doive me séparer de tout le reste), "Welcome to Detroit" serait celui-là, sans aucun doute. Je n'en connais pas d'autres pouvant soutenir la comparaison. Un tel
condensé de matière lourde et solide, le tout en 41 minutes, vraiment je ne vois pas. Pour moi, aucun autre producteur n'a autant apporté au hip-hop que Jay Dee ne l'a fait. Il avait une oreille
unique et était capable de faire groover tout ce qu'il touchait. Des lignes de basse et des rythmiques légendaires qui pousseraient n'importe quel MC à donner le meilleur de lui-même, des
associations grosses caisses/caisses claires uniques, un jeu de charleys au swing méthodique, un minimalisme déroutant d'efficacité et tellement évident que ça en est limpide, Jay Dee a un son
qui lui est propre et que l'on identifie tout de suite. Dans cet album "solo" sorti en 2001 (le seul "vrai" album de sa carrière me semble t-il), Dilla avait mis la barre très très haute,
appuyant un peu plus de sa marque et de son style sur la sphère hip-hoppienne.
Dans le livret, Yames Yancey
introduit l'album comme ceci : "La fabrication de Welcome To Detroit tient en quelques mots. A l'origine je souhaitais produire un disque de breakbeat. Ce qui s'est passé? BBE m'a donné carte
blanche pour faire ce que je voulais. UH OH! GET READY." Résultat : un délice indémodable à la musicalité constante; Das EFX parlait en son temps de "Real Hip Hop". Et après ça, what else?
Alors que devrait bientôt paraître le nouveau projet de Robert Glasper, je m'attarde quant à moi sur l'un
de ses meilleurs albums, celui qui me l'a fait découvrir, le savant et hétéroclyte "In My Element" paru en 2007 chez Blue Note (au vu de ce qu'il recèle, le pluriel sur "Element" aurait très bien
été aussi). Pour bien comprendre dans quoi vous mettez les pieds, petit rappel des faits et des nombreuses collaborations du pianiste américain: il a tourné et accompagné le chanteur
Maxwell, travaillé avec Q Tip, Bilal ou Erykah Badu, rendu de nombreux hommages au regretté et irremplaçable Jay
Dee, diversifié son art en conviant des artistes venus du R&B ou du hip hop pour sa 2e formation qu'il nomme "Experiment", ou encore reçu de vifs éloges du public pour sa musique en
trio ou pour ses jam-sessions festives et atypiques (rapport aux nombreux hip-hoppeurs qui interviennent).
Pour ma part, là où je l'apprécie le
plus c'est dans sa formule à 3, en acoustique. Très expressif et fluctuant constamment entre fausse nonchalance et inventivité harmonique, son jeu moderne et rythmé trouve sa place dans un jazz
addictif qui comprend Vincent Archer à la basse et Damion Reid à la batterie (mention spéciale). Beaucoup de fins de morceaux sont joués à la manière de nombreuses productions hip hop américaine.
Ils offrent de nouveaux thèmes très courts, souvent sous forme d'esquisses dépassant rarement la minute, redoutables par leurs côtés très marqués et leur efficacité musicale. Ces
"expérimentations" musicales forment à elles seules une distinction personnelle qui tranchent radicalement de ce que peuvent proposer ou oser d'autres jazzmen dans leurs musiques (je ne
m'explique d'ailleurs toujours pas que Robert Glasper ne soit pas plus diffusé dans les médias français).
Ce message s'adresse à tous les amoureux du bon son des années 70's, à tous les nostalgiques de cette époque et des
groupes qui l'ont vu naître, et plus particulièrement des sonorités jazz-rock et des productions électriques. Si vous êtes de ceux-là, vous serez heureux d'apprendre qu'il est possible de
s'offrir les rééditions japonaises des albums de la formation de jazz-fusion Placebo (à ne pas confondre avec le groupe venu d'outre-Rhin). La carrière de ce groupe belge fondé par le pianiste
Marc Moulin en 1970 comprend 3 galettes indispensables, toutes de très bonne facture et dont le son a été parfaitement retravaillé (pour ça on peut faire confiance au très bon boulot des
producteurs japonais). Les adeptes de Soft Machine s'y retrouveront sans problème, si ce n'est déjà fait. Le principal soucis reste bien sûr le prix de ces acquisitions. Info parisianiste: il est
possible de les avoir pour 30 euros pièce chez Gibert à Saint Michel, mais même à ce prix je doute que les cd's restent très longtemps disponibles.
Quoi qu'il en soit, je suis heureux d'en faire profiter les visiteurs de passage qui pourront se régaler des quelques
titres de l'album "1973"qui sont postés plus bas. Ne me demandez pas pourquoi celui-ci plutôt que "Ball Of Eyes" ou "Placebo". Peut être parce que c'est le premier que j'ai acheté. Il a
simplement fallu que je fasse un choix, voilà tout. "1973" est le cadet de la bande, peut être aussi le plus "homogène" des 3, et à devoir choisir entre "très bon" ou "très bon", j'ai préféré
opter pour.... vous savez quoi.
Pour s'attaquer à l'oeuvre de Herbie Hancock, mieux vaut savoir par où commencer. Ce pianiste a produit tant de disques
incontournables qu'il est dur d'en différencier la qualité, si bien que je comprendrais que l'on prenne peur face à cette très longue discographie, qui plus est lorsque l'on est encore novice en
matière de jazz. Avec "Takin' Off", non seulement vous ne serez pas déçu, mais vous aurez en plus la chance de profiter de l'un des plus beaux disques jamais enregistrés par ce virtuose précoce.
Imaginez qu'Hancock n'a que 22 ans lorsque Blue Note décide de l'intégrer parmi ses poulains, et comme leader s'il vous plait. Pour autant, malgré son jeune âge et son "inexpérience", il s'est
déjà forgé un nom sur la scène de Chicago en accompagnant quelques pointures du milieu comme Donald Byrd ou Coleman Hawkins et n'a donc rien du parfait débutant. Autodidacte du jazz, c'est en
écoutant les musiciens du milieu qu'il a appris à jouer cette musique et qu'il peaufine son sens si singulier de l'interprétation et de l'harmonie. Mais cette fois-ci tous les titres sont de lui.
C'est donc en 1962 que débutera réellement la carrière de l'artiste. Il sera très vite convoité par Miles pour qui il jouera dès l'année suivante grâce à l'intermédiaire du tout aussi génial Tony
Williams. Pour l'heure le public découvre ce génie à la précocité indéniable le temps de 6 titres, et notamment de son imparable tube "Watermelon Man", qui à lui seul fait immédiatement figure
d'incontournable. Il faut aussi dire qu'Hancock n'a pas choisi n'importe qui pour l'accompagner: Au saxophone, le "vétéran" Dexter Gordon, alors en pleine renaissance, est la pièce maîtresse et
l'esprit blues avec son phrasé moelleux et chaud, la note bleue en somme, Billy Higgins à la batterie et Butch Warren sont évidemment un soutien de premier ordre, sans effusion ni chi-chi, et
Freddie Hubbard à la trompette, 24 ans et figure montante de Blue Note, fait déjà parler son talent et sa dextérité de jeune lion dans un style quelque peu apaisé qu'on ne lui connaitra que trop
peu par la suite (du moins lorsqu'on sait de quoi était capable le bonhomme).
Ce disque, résolument moderne et précurseur de ce que la nouvelle vague de musiciens apportera au courant hard-bop ou jazz
modal, est tout simplement Le Chef-d'Oeuvre de Hancock que tout amateur se doit de posséder dans sa collection. Indémodable par sa couleur et intransigeant dans son contenu, "Takin' Off" est
évident de bout en bout.