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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 07:36

http://www.montuno.com/wp-content/uploads/roberto-fonseca2.jpg

 

 

Si l'on s'en tient au titre et aux photos illustrant le livret de son dernier album, "Yo" pourrait laisser croire à un trip égocentrique tourné majoritairement vers le piano, instrument de prédilection de Roberto Fonseca qui n'en est pas à son premier coup d'essai. Plusieurs fois déjà il avait fait parler de lui pour son inventivité sans cesse dirigée vers le mélange des genres, sans toutefois parvenir à un tel niveau d'exigence, tant sur la forme que sur le fond.

Pourtant il n'en est rien, car bien plus qu'une oeuvre entièrement tournée vers les racines musicales de ce musicien de talent dont vous n'avez sans doute pas fini d'entendre parler, ce disque est avant tout un plébiscite de l'esprit créatif dont sont capables les hommes de bonne volonté, véritable hymne à la diversité pluriculturelle englobant presque tous les styles et charriant dans son sillage ce que lui-même tend à définir comme une renaissance artistique et humaine chère à l'évolution de son jeu et de sa vision de la musique "moderne".
 
Tout cela tombe d'ailleurs très bien, car après Cheikh Lô et l'album "Lamp Fall" dont je vous parlais il y a quelques jours sur mon blog, "Yo" me semble être le disque idéal et tout à fait indiqué pour continuer d'illustrer cette recherche créatrice emprunte d'intensité rythmique et d'écriture poétique, et combien il est intéressant et judicieux de ne pas se limiter à ce que l'on maîtrise déjà pour porter plus loin sa propre conception du son. De ce point de vue Roberto Fonseca a réussi son pari haut la main, bien aidé en cela par de nombreux musiciens venus d'Afrique, d'Europe, et bien sûr d'Amérique du Sud. A aucun moment il ne tire la couverture à lui, préférant reléguer ses longs solos de piano au tiroir afin de laisser aux autres le soin de s'exprimer librement (ce qui dans le milieu du jazz est suffisamment rare pour être signalé), de même qu'il a parfaitement su adapter son jeu à la rigueur imposée par un tel déferlement de timbres et de matières. Toujours dans une légère retenue et prompt à user de mélodies imparables qui font souvent mouche, cette simplicité toute apparente n'en reste pas moins dénuée de virtuosité. La sensibilité de cet artiste se ressent immédiatement, tout comme le besoin de faire vivre sa musique avec le coeur semble être primordial et nécessaire. Tant mieux pour nous et pour nos oreilles.



Comme vous vous en doutez je ne saurai que trop vous conseiller d'acheter cet album qui s'inscrit comme l'une des réussites majeures de cette année 2012. Enfin, pour les parisiens qui souhaitent le voir sur scène, ce qui à n'en pas douter devrait valoir le détour, sachez qu'il se produit le 8 novembre au New Morning. 
Avis aux intéressés, ça devrait être chaud....

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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 17:25

http://www.washtenawvoice.com/wp-content/uploads/2012/04/cheikh_lo-660x439.jpg

 

Un petit tour au Sénégal en compagnie de Cheikh Lô, ce Baye Fall charismatique que beaucoup de gens en France ont tendance à assimiler, à tort, au mouvement rasta. Membre de la confrérie Mouride (un mélange "folklorique" de la religion musulmane et des différentes croyances animistes encore en cours dans le pays), ce chanteur et musicien talentueux et autodidacte en quête constante de fusion des genres a un parcours artistique relativement atypique par rapport à d'autres célébrités locales A la différence de beaucoup d'entre elles, jamais il n'a "limité" le son de ses productions aux sonorités essentiellement m'balax, ces rythmes syncopés joués aux sabars que l'on retrouve partout en Afrique de l'Ouest depuis plus de 20 ans et qui font danser les foules. Et si beaucoup de ses textes sont écrits en wolof, la langue courante sénégalaise, ses albums restent incomparables en bien des points de la majorité des disques venant d'Afrique, à commencer par leurs inspirations aussi bien sud-américaine qu'européenne ou l'utilisation d'instruments venus des quatre coins du monde.


Il s'en est écoulé du temps depuis "Ne La Tiass" produit en 1996 par Youssou N'Dour. Presque 10 ans ont passé, "Bambay Gueej" a suivi en 1999 avec déjà des tonalités sud-américaines, mais jamais il n'a précipité les choses ni accéléré la cadence de ses sorties officielles, préférant de loin travailler selon ses désirs d'évolution, au point de voir sa musique se métisser à chaque fois un peu plus, jusqu'à ce "Lamp Fall", autre petite pépite colorée qu'il serait dommage de louper et 3e d'une série qui en compte aujourd'hui 4.



On y retrouve des notes de samba, de reggae, de musique cubaine, de blues, de flamenco, et puisque l'homme est pieux s'y ajoutent des prières dirigées vers Cheikh Ibra Fall (le fondateur de la caste des Baye Fall, présent dans nombre de cérémonies ou de représentations picturales au Sénégal, et forcément loué par Cheikh Lô), l'évocation de sa foi et des batailles à mener en Afrique pour l'éducation, la paix, ou la santé des africains (la morale reste très présente dans beaucoup de ses textes), et bien sûr de l'amour (pour la belle Mademoiselle Marthe N'Galula), tout cela entremêlé de vibrations fraternelles et chaleureuses ressenties dès les premières notes de "Sou", et jusqu'à "Zirkoulah" en piste 13, l'ensemble des morceaux étant orchestré de main de maître par un florilège de musiciens qui ont enregistré à Londres, Dakar, ou Bahia. Comme de coutume je vous fais part de mes préférences en 5 titres, et si l'envie vous venait d'acheter l'album ou de vous renseigner plus en détail, les liens habituels.
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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 18:12

http://www.actmusic.com/images/hi_res/est_010_34_by_Jim_Rakete_2007.jpg

 

Je ne vous apprendrai rien sur la nécessité absolue d'offrir à tous ceux qui ne connaissent pas encore E.S.T la possibilité de s'y intéresser enfin.

En 15 années d'existence et presque autant d'albums, ce trio a tout simplement révolutionné la manière de concevoir le jeu à trois. Plus qu'une simple formation de jazz contemporain, E.S.T est d'abord et avant tout un immense groupe tout court. Leur musique est tout à la fois si riche de fond et si spontanément "engagée", que le public et les critiques  avaient pris lieu au fil du temps de les comparer plus à un groupe de rock qu'à un trio purement jazz. Ce live enregistré à Hambourg pour leur dernière apparition "gravée" illustre idéalement ces impressions. Deux ans avant la disparition tragique d'Esbjörn en 2008, on mesure la formidable évolution artistique de cette formation majeure et avec quel charisme les 3 musiciens s'adonnaient à leur plus grande passion: faire de la musique ensemble!


En cette soirée du 22 novembre 2006, une lumière céleste flotte imperceptiblement au-dessus de la scène. Y aurait-il une intervention divine dans tout cela, c'est possible. Ce qui est sûr c'est que Esbjörn, Magnus, et Dan, sont une nouvelle fois parvenus à hisser leur niveau de jeu sans qu'il ait été besoin de les solliciter pour cela. D'ailleurs demandez donc aux 2000 personnes présentes ce soir-là ce qu'ils en ont pensé, tous vous répondront qu'ils en gardent forcément un souvenir ému et indélébile. Et comment ne pas être d'accord avec eux à l'écoute de ce cd puisqu'il faut bien le dire, tous les instants de ce concert sont lumineux. Jamais leur musique n'a été aussi inspirée que durant les rares prestations scéniques qu'ils ont données, et celle-ci fut tout simplement magistrale de bout en bout.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51M8P7QmY6L._SL500_AA280_.jpg
La majorité des morceaux choisis pour l'occasion proviennent de "Tuesday Wonderland", un album charnière puisque c'est celui qui précèdera "Leucocyte", autre joyaux incontournable qui scella pour eux l'avènement d'une nouvelle façon de concevoir dorénavant leur musique autour d'idées toujours plus novatrices. Ce n'est pas pour rien que les jeunes groupes de jazz actuels se réfèrent presque tous à E.S.T, et ce d'où qu'ils proviennent.

Esbjörn Svensson et son trio a marqué toute une génération d'auditeurs et de musiciens en gravant les bases d'une musique nouvelle ouverte sur la pop ou la musique classique, sans oublier bien sûr l'immense qualité d'interprétation et d'improvisation de chacun, ou encore la créativité singulière jamais rassasiée d'une oeuvre ne comprenant que des morceaux originaux (si l'on excepte l'homme rendu à Monk sur l'album "E.S.T plays Monk"). Et dire qu'ils ne sont que 3 à produire une telle musique. Dès lors, comment ne pas s'en inspirer et s'en servir en y puisant de quoi vous donner la force d'avancer et de créer, puisqu'il est clair qu'après avoir écouté cette musique vous ne pourrez plus ignorer qu'elle existe. Elle vous aura marqué au fer rouge si bien qu'il sera désormais impossible de faire sans elle, de s'imaginer qu'elle n'a jamais existé. Une fois entendues ces nuances de couleurs et de vie, tout cela s'imprègne avec force dans votre esprit comme un bonheur soudain qui vous envahit, faisant de ce moment quelque chose d'indélébile.

C'est aussi cela la magie d'E.S.T; des mélodies modernes et un sens de la formulation jazzistique qui rendent chacun de leurs thèmes facilement mémorisables et immédiatement "apprivoisables". Ce n'est pas du jazz de puriste construit dans la grande tradition si chère à Nicholas Payton (voir son article publié sur son blog et la polémique portant autour d'une identité à la dérive), du jazz que l'on se devrait de ne considérer que dans un contexte historique et culturel, et de préférence porté vers ses origines américaines. Aussi amis de passage, pour peu que ce groupe ne vous dise rien mais que mes propos vous interpellent, n'hésitez pas à tendre les 2 oreilles sur les quelques morceaux tirés de ce live que j'ai choisis pour vous, vous m'en direz des nouvelles. Après cela vous pourrez crier autour de vous que vous avez entendu l'un des plus grands groupes du monde, que ce groupe est suédois et se nomme E.S.T, et non pas Abba, et qu'il est temps que les gens le sachent....



Ladies and gentlemen: On piano Mr Esbjörn Svensson, on the bass Mr Dan Berglund, on drums Magnus Öström. Please welcome for the Esbjörn Svensson Trio....

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 17:40

http://www.citedelamusique.fr/img/visuel/presse/jav_2009/big/Archie%20Shepp(c)Jan%20Kricke.jpg

 

 

Je n'ai que très peu de disques de "free" jazz. Encore moins qui soient parus dans les années 80, période que je connais mal et qui ne m'attire pas vraiment. L'habitude de la mélodie "identifiable" et de la pulsation "repérée" sont autant de points de constructions sur lesquels il est dur de revenir lorsque l'oreille y est trop habituée. Si le jazz n'est déjà pas (plus) une musique populaire, le style "free", marginal et incompris, est quant à lui carrément ignoré, voire moqué.

Autant le dire tout de suite, si vous n'êtes pas porté sur le sujet, l'oeuvre de Archie Shepp ne sera certainement pas la plus facile à aborder. Pourtant, s'agissant de cet album enregistré en duo en 1982 à l'occasion d'un concert en Allemagne réunissant le saxophoniste américain et le pianiste néerlandais Jasper Van't Hof, dès les premières notes de clavier l'atmosphère se charge d'une magie poétique minimaliste si extrème qu'elle en devient doucement envahissante, finement captivante, jusqu'à ce que vienne s'enlacer les couleurs impressionnistes du soprano plaintif de Shepp.

http://www.global-alliance-fgm.org/Portals/0/Homepage/Jasper_van't_Hof.png

On y est, le cadre est planté et la symbiose selon moi parfaite, ou pour le moins suffisamment parlante pour qu'il ne soit pas nécessaire d'habituer l'oreille du néophite d'une telle expérience émotionnelle. Bien sûr on ne passera pas le cap facilement si l'essentiel de ses connaissances tient dans le format radiophonique ou télévisuel en cours. Il est clair que, si depuis toujours vous n'avez jamais fait l'effort de vous "distinguer" du format facile et pré-maché de la consommation globalisée, ce disque ne pourra rien pour vous, et croyez bien que je le regrette. La belle musique c'est comme tout, ça se mérite, et celle-ci en est une qui compte beaucoup pour moi et qui je l'espère comptera bientôt pour vous, auditeurs de passage ou amis fidèles. Mélodies et rythmes fragmentés, improvisation, dissonance, recherche du langage et de l'unité du son, partage et transfert; si vous n'êtes pas là que par le fruit du hasard, c'est que peut-être certaines expériences sonores passées trouvées ici vous poussent à revenir. Aussi croyez-moi, celle-vi vaut vraiment la peine d'être vécue.

Je me rappelle encore. Ce fut l'un de mes tout premiers disques de jazz, offert par un ami de passage chez mon père lorsque j'étais minot et que je ne comprenais encore rien à cette musique. J'ai très vite jugé son idée de m'offrir un tel cadeau saugrenue et peu propice à me faire rêver. Quand bien même je finirai par grandir, il me semblait de toute façon impossible de parvenir à y trouver quoi que ce soit de réjouissant. Tu m'étonnes, passer du premier NTM à "Mama Rose", faut avouer qu'il y a un cap à franchir. Vers 15 ans et dans mon cas c'était même carrément insurmontable. "Patience m'avait-il dit. Un jour peut-être cette musique t'apparaitra-t-elle plus évidente, mais pour l'heure je comprends que ce ne soit pas dans tes préoccupations premières que de t'attarder dessus. Continue de jouer et écoute beaucoup, le temps fera le reste": amicale réponse du vieux sage face au jeune con.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41mj02MRQRL._SL500_AA300_.jpg

20 ans se sont écoulés et je reconnais sans peine que cette musique m'est aujourd'hui indispensable, bienfaitrice dans mon quotidien et je le sais, pour les années futures. Je ne pourrai plus faire sans, ou faire semblant que cela n'existe pas. Je ne joue plus vraiment mais j'écoute toujours beaucoup, et je suis heureux de vous faire partager ce grand moment de fraternité écrit un jour de l'année 1982, quelque par sur Terre. Gloire au génie de l'Homme et à son audace.


 

 

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 12:13

 

Je ne pourrai pas dire que je me suis foulé pour le choix de cette vidéo. Dégotée un matin sur le blog "DeLaLuneOnEntendTout" à qui je rends visite régulièrement, j'ai juste eu le temps de savourer ce moment en buvant le café qui précède le départ au charbon quotidien. Des conditions idéales pour apprécier la session live d'une artiste que je ne connaissais que de nom mais que je n'avais pas encore pris le temps d'aller écouter.

Je me suis depuis rattrapé mais n'ai pas retrouvé dans l'album "The Journey Aflame" publié en 2011 le même groove intimiste dont elle fait preuve ici (normal vous me direz puisqu'il s'agit d'un disque hip-hop produit dans la lignée de beaucoup d'autres et pas franchement mémorable). J'imagine qu'il s'agit plus pour moi d'une heureuse impression passagère plutôt que d'un vrai coup de coeur, mais certains y trouveront peut être de quoi se réjouir durablement, ou pour le moins de quoi passer un bon moment... Enfin, pour les plus optimistes, l'album "The Live & Aflame Sessions" enregistré dans les mêmes conditions que la vidéo présente est disponible en téléchargement Amazon ou iTunes. 
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