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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 07:40

http://www.openlettersmonthly.com/issue/wp-content/uploads/2010/09/wayne_shorter.jpg

   

Wayne Shorter, né aux Etats-Unis en 1933, est l'un des saxophonistes les plus importants et les plus doués des années 60 et 70. Influencé par Charlie Parker, Coleman Hawkins, Lester Young ou Hank Jones, il sait dès 1948 qu'il deviendra musicien. De 1948 à 1951, il fait des études musicales à la New York University et y apprend la clarinette. Très vite, à 17 ans, il compose ses premiers thèmes, dont certains seront repris par l'orchestre du lycée dans lequel il joue. Il part ensuite 2 ans pour accomplir son service militaire. Il profite de ses permissions pour aller voir jouer les plus grands jazzmen. Max Roach, Sonny Rollins, Miles Davis et John Coltrane.

Finalement, en 1958, et dégagé de ses obligations d'Etat, Lee Morgan le joint par téléphone et lui propose de rejoindre les hommes de Art Blakey. Hank Mobley, le ténor du groupe, ne peut pas assurer le show et ils recherchent quelqu'un capable d'assurer. C'est ainsi que débutera vraiment la carrière du saxophoniste, une carrière longue de prêt d'un demi-siècle et foisonnante d'idées remarquables. 

Mais ce n'est pas tout.  

D'abord connu et respecté de tous comme directeur musical au sein des Jazz Messengers, il accompagne également Miles Davis lors de la formation de son 2e quintette en 64, mais aussi pendant le passage de celui-ci vers le jazz-fusion, de 68 à 71, avant de rejoindre son ami pianiste Joe Zawinul pour former à eux deux le groupe Weather Report, qu'ils dirigeront pendant 15 ans (rien que ça).

Si tous ces groupes vous sont inconnus et que le jazz vous paraît insurmontable, sachez que beaucoup se retrouveront bientôt sur mon blog et que je m'efforcerai de vous faire profiter de la crême du genre (tout ces choix étant bien évidemment purement subjectifs)

Le disque dont je vais vous parler aujourd'hui fait partie de ses projets personnels et est son 2e album produit par Blue Note.




Juju, oeuvre incontournable, sort en 1964. A l'exception du trompéttiste Lee Morgan, Wayne garde exactement la même formation rythmique que celle qui lui avait déjà si bien réussie sur l'album Night Dreamer, son premier chef-d'oeuvre estampillé Blue Note et sorti la même année que Juju. Ce choix est voulu par l'artiste qui s'assure ainsi dans ses solos beaucoup plus de liberté et d'espace que précédemment. W.Shorter est un amoureux passionné et un bourreau de travail. Il produit énormément et a su trouver dans ce groupe la symbiose parfaite pour laisser exprimer son très grand talent de compositeur. Le trio qui l'accompagne est composé d'amis ayant joué avec lui (comme Reggie Workman avec les Jazz Messengers), ou d'amis l'ayant déjà sollicité pour jouer avec eux (McCoy Tyner et Elvin Jones chez Trane). Pour la petite histoire, sachez que Monsieur Coltrane en  personne lui proposera de venir le rejoindre lors de sa première rupture avec Miles Davis en 1958. Wayne est malheureusement déjà pris. Il joue alors avec le big band du trompétittste canadien Maynard Fergusson et ne peut accepter l'offre. Les 2 hommes resteront très bons amis et se reverront régulièrement, d'où cette interaction musicale et magique entre tous les musiciens présents pour l'enregistrement.

On comprend immédiatement qu'on a à faire à un grand disque. Les thèmes aux connotations exotiques qu'il aborde sont superbes. Les chorus sauvages et fougeux de Wayne ne sont pas sans rappeler l'influence de son ami Trane sur son propre jeu (l'hyper technicité en moins). Toutes les compositions sont de lui. Un jeu grande gueule, très mélodique, et plein de vie.

L'Afrique, l'Asie, la fin du monde, le questionnement de la place de l'homme dans le monde et de ses choix d'individus. Comme toujours, Wayne est allé puiser au plus profond de lui-même pour en extirper cette substance, d'abord essence intellectuelle et philosophique, puis transformée et alambiquée savamment, avant d'être retranscrite, d'abord sur le bout des lèvres, puis sur partitions, feuillets à jamais indémodables et éternels. 

"Mahjong", le morceau que je vous propose, provient de la fascination de Wayne pour ce jeu et pour la Chine des années 30. Il conçoit donc cette pièce comme on concevrait d'entamer une partie de ce jeu. C'est la raison pour laquelle la structure n'est pas très évidente, mais à l'écoute on retrouve vraiment ces notes chinoises, ces chinoiseries mélodiques voulues par Shorter et que tous interprètent parfaitement.

A noter la superbe prestation de McCoy Tyner, royal, teintant son phrasé de vapeurs de blues à la sauce aigre-douce. Un régal, tellement bon qu'on en redemande encore.


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Published by Audiocity - dans Jazz
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