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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 08:36

http://www.mancubist.co.uk/wp/files/steve-reich.jpg

 

J'ai coutume de dire qu'écouter une telle oeuvre serait comme d'entreprendre un voyage initiatique entre rêve et réalité, à l'écart du monde moderne, loin du tumulte des civilisations du conscient, loin des schémas vitaux prédestinés, pour laisser place à une poésie sensorielle où le lâcher prise prendrait le dessus sur le conditionnement relatif à l'individu; un état déformant qui nous pousse à nous inclure dans le monde du vivant plutôt que dans celui de l'impalpable, celui de l'inconscient, pourtant tellement nécessaire à l'épanouissement du corps et de l'âme.
Steve Reich est de ces êtres ayant compris l'intérêt vital d'un tel acte, capable de transmettre tout cela à la fois de manière si naturelle qu'il est d'abord déroutant de s'y frotter, puis profondément agréable d'y plonger à corps perdus, le temps d'en percevoir toutes les subtilités et les messages partagés. Un Hyperboréen, un illuminé de la trempe d'un Arthur Rimbaud ou d'un Pablo Picasso qui marquera l'Histoire comme peu y seront parvenus. Il nous inclut dans un monde façonné avec un soin et une pureté hors du commun, celui de la vision d'une musique qu'il a voulue pour 18 musiciens et qu'il aura mis presque 2 ans à voir se former sous ses yeux. Le travail d'une vie, et celui d'une consécration sans aucun doute justifiée pour ce compositeur américain. En 1 mot, une "contemporanéité" indémodable et immuable pour une oeuvre majeure de l'histoire de la musique contemporaine.
Les notes parviennent à nos oreilles comme autant de vibrations élémentaires le temps de 2 pulsations (les mouvements), et de 11 sections (les modulations), sur 58 minutes d'une prestation orchestrée par l'Ensemble Modern en 1997, lui-même supervisé par le maître en personne qui leur accordera son soutien (l'oeuvre originale est parue en 1978 sur le label ECM et durait plutôt 56 minutes).

Cette musique est trop difficilement définissable pour que je m'étende sur le pourquoi du comment d'un tel monument (je vous laisse suivre ici le lien de cette toile). Beaucoup ont déjà écrit sur le sujet, mais l'essentiel réside d'abord et avant tout dans la subjectivité de chacun face à l'aura et à la force de "Music For 18 Musicians". Une force tranquille et apaisante qui pousse indéniablement à l'introspection de soi, à l'abandon serein. J'imagine d'ailleurs qu'il pourrait être facile de rentrer en transe si le disque durait plusieurs heures (cela s'est déjà fait lors de certains concerts). Car le but n'est pas écrit, et c'est bien là tout l'intérêt du travail de Steve Reich. Ce n'est qu'une trame minimaliste mais très savante fondée sur des motifs répétitifs. La forme pourra donc variée selon l'interprétation ou l'endurance des musiciens face aux partitions, certains allant jusqu'à s'échanger leurs instruments en plein concert.
Mais cette musique "hors-norme" ne se dévoile pas si facilement. Elle demandera à ce que nous l'apprivoisions et profèrera des mélodies charmeuses aux harmonies provocatrices afin que nous nous en emparions plus aisément. Son influence est grande mais certains seront trop farouches pour y répondre. D'autres, une fois touchés, ne la lâcheront plus. On l'aime ou on ne l'aime pas, la demi-mesure n'ayant pas sa place dans ce débat. Pour moi, elle est une accompagnatrice idéale lorsque l'instant se prête à notre rencontre. Un moment qu'il faut préparer et non provoquer, pour que l'osmose s'établisse (chacun y comprendra bien ce qu'il veut). Plus je l'écoute, et plus je reconnais qu'il y'a du génie dans chacune de ses phrases. C'est ce qui me fait dire qu'elle est idéale et unique en son genre, et que je l'aimerai toujours.

 

Par facilté technique et pour un meilleur confort d'écoute, j'ai préféré vous laisser la version publiée chez ECM. La prestation de l'Ensemble Modern est idéale pour sa qualité de son meilleure, mais sur le cd les pistes sont "marquées" et risqueraient d'entrecouper toutes les fins de sections.

Enfin, en plus d'une disponibilité évidente de votre part, cette oeuvre mérite un système audio correct avec un bon rendu acoustique.

Tout est fin prêt.

 

Enjoy..

 

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Published by Audiocity - dans Chefs-d'Oeuvre
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