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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 18:28

 http://www.uimp.es/blogs/prensa/files/2008/06/web-bertrand-tavernier.jpg

Bertrand Tavernier

 

Mes plus fidèles visiteurs auront remarqué que depuis plusieurs semaines je ne suis plus aussi assidu dans la publication de vidéos. Je reconnais qu'il y a du laisser aller, mais que voulez-vous; rendre un blog vivant demande une implication et une disponibilité  relativement importante. C'est une occupation prenante qui nécessite que l'on s'y affaire avec une attention particulière. Entre l'écriture, les recherches, les écoutes et réécoutes, et enfin la mise en page, il y a du boulot. Du coup, pour pallier cette flemmardise notoire mais néanmoins indispensable pour mon oragnisme, j'ai décidé aujourd'hui de ne pas me prendre la tête avec les formalités du genre, en vous proposant l'intégralité du film de Bertrand Tavernier sorti en 1986 intitulé Autour De Minuit, ou 'Round Midnight pour les intimes. Comme le fait du hasard et alors que l'idée de cet article m'avait déjà traversé l'esprit depuis un moment, il se trouve que le mensuel "Jazz Magazine" propose ce mois-ci 4 pages consacrées à l'histoire du jazz au cinéma, écrites au terme d'un entretien avec le présentateur de France musique Thierry Jousse dans le cadre de son émission Cinema Song (un point de vue de spécialiste intéressant que je vous recommande de lire). 

Bref décryptage du phénomène d'immortalisation de nos idoles. Pour faire simple, si certains réalisateurs jouent avec plus ou moins de brio la carte du biopic musical ("Bird" de Clint Eastwood, "Ray" de Taylor Hackford ou "Amadeus" de Milos Forman), et que d'autres s'attardent plus précisément sur des instantanés de vie de musiciens réels ou fictifs ("Walk The Line" de James Mangold ou "Mo Better Blues" de Spike Lee), un constat s'impose: moribond, le jazz est passé de mode et plus aucun producteur ne prendrait aujourd'hui le risque d'investir quelques dollars dans un projet le concernant. C'est tragique, mais c'est un fait. Au fil des ans le jazz n'a cessé de perdre de sa popularité, au point de se retrouver totalement délaissé par les jeunes auditeurs, perdurant simplement dans le coeur de nos "anciens" ayant vécu durant son règne. Bertrand Tavernier est de ceux-là et signe avec 'Round Midnight l'un des plus beaux témoignages d'estime en la matière.
 
Le film retrace avec mélancolie la carrière romancée du saxophoniste américain Dale Turner durant son passage à Paris dans les années 50. Inspiré par la vie parisienne de Lester Young et Bud Powell durant ces même années, Bertrand Tavernier a pris le parti d'orienter son oeuvre autour de thèmes traditionnellement présents dans la vie des jazzmen de l'époque, et plus particulièrement de ces 2 pontes du milieu disparus trop tôt. Dope, alcool, déchéance, mais aussi génie créatif, voilà pour l'essentiel. Pour le reste, et comme le dit très justement Thierry Jousse dans son article: c'est un film d'un fan sur un fan. 'Round Midnight ne sombre jamais dans le voyeurisme mais relate au contraire la relation qui se noue entre Dexter Gordon (Dale Turner), et François Cluzet (Francis), admirateur inconditionnel du musicien qu'il a l'habitude de venir écouter jouer chaque soir par le soupirail d'un club de Saint Germain, le Blue Note, et dont il ne peut que constater avec peine la descente aux enfers. Le film repose donc sur ces 2 hommes que la musique rapproche mais que les idées opposent; sur les épaules d'un musicien se laissant mourir à petit feu et de son idole de toujours, démuni mais néanmoins prêt à le suivre où qu'il aille. Plus qu'une simple histoire de respect, d'amitié ou de partage, la pièce maîtresse du film reste les parties musicales, lorsque Dale rejoint son groupe sur scène le temps d'un ou deux sets. Tavernier a souhaité enregistrer les morceaux en direct. Il faut dire qu'avec un tel casting je comprends que l'idée lui soit venue de profiter des prises de son comme à un concert. Herbie Hancock, Freddie Hubbard, Bobby Hutcherson, John McLaughlin, Wayne Shorter, Ron Carter, Tony Williams, Billy Higgins, Pierre Michelot, Eric Le Lann. Avouons qu'il aurait eu tort de s'en priver.

Silence, moteur, et..... action.

http://www.to-buy-art.com/105-207-thickbox/dexter-gordon-saxophoniste-1-2-paris-1988.jpg
Dexter Gordon

Je finirai par ces quelques mots à nouveau repris de la bouche de Thierry Jousse lorsque la question de la musique et de la prestation remarquée de Dexter Gordon lui est posée:
 
« C'est la bonne surprise à revoir le film, son point fort. Tavernier le filme de manière assez simple, sans effets tapageurs, sans gros plans sur les mains par exemple, plutôt comme une scénographie avec des plans d'ensemble, pas trop rapprochés et souvent élégants. Il y a par ailleurs beaucoup de moments musicaux qui sont chaque fois liés à des situations dramatiques précises (un concert au Blue Note, une séquence lors du séjour lyonnais, une autre à New York, une longue séance d'enregistrement au Studio Davout), autant de scènes qui même si elles se réfèrent au passé, sont captées de façon très vivante. A l'arrivée c'est un drôle d'objet hybride qui emporte finalement la partie par le coup de génie d'être allé chercher Dexter Gordon pour incarner Dale Turner. C'est incontestablement la grande réussite du film. Tavernier a d'abord eu l'idée courageuse et inspirée d'aller chercher ce grand musicien, visiblement un peu fatigué, en fin de parcours, et de faire reposer tout le film sur ses épaules alors qu'il n'est pas comédien. C'était un pari pas forcément gagné d'avance. Et puis ensuite il parvient à capter ce mélange de fatigue, de déchéance et de joie de vivre avec beaucoup de tact. Il traite de la drogue, des dimensions un peu sordides de la vie de musicien, mais sans complaisance ».

 

VOST (sous-titres anglais, scénario anglais). Requiert un petit effort de traduction, mais rien de bien méchant.

Si la vidéo ne se lance pas, cliquez ici.

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Published by Audiocity - dans Films
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